Le 4.03.2011, nous avons perdu notre fils suite à plusieurs erreurs liées à son suivi médical. Nous nous battons (peut-être vainement) pour que les fautes soient reconnues par l'hôpital.
Devant une procédure en justice nous nous heurtons à plusieurs difficultés :
- la pluralité des fautes :plusieurs médecins ont commis une faute de diagnostic
- la longueur de la procédure
- la mauvaise foi des assurances : elles savent pertinemment bien que la plupart des parents laissent tomber après de longues années de procédure... par découragement moral ou financier.
Ce qui permet à certains hôpitaux de continuer de mener leur politique de recrutement de personnel bon marché et de continuer à nuire à la qualité des soins apportés aux patients.
Nous avons entendu parler du fonds d'indemnisation, mais ne nous faisons pas d'illusions de ce côté.
Toutefois, nous cherchons une manière de faire reconnaître l'erreur.
Limal, 26 juillet 2011
Au Comité de direction,
A la direction médicale du Service Gynécologie,
Par ce courrier, nous voulons attirer votre attention sur une série de dysfonctionnements qui ont lieu dans vos services de Gynécologie et Obstétrique ainsi que dans le service Urgences.
Ces dysfonctionnements nous ont conduits vers un drame : la perte de notre unique fils Noan le 4.03.2011.
Ci-dessous un aperçu des dysfonctionnements :
- Maîtrise insuffisante du matériel médical (formation?) par le corps médical
- Rotation élevée du personnel médical durant le suivi d'un patient avec pour conséquence une connaissance insuffisante du dossier du patient
- Personnel venant de l'étranger ? Et inséré durant les heures de service, sans connaissance des procédures d'usage dans votre hôpital et sans une connaissance suffisante de la médication à prescrire en Belgique;
- Mauvaise prise en charge des patients dits « à risque »
- Mauvaise évaluation du risque
- Pas ou peu de suivi psychologique des patients ayant vécu un drame dans votre institution
1) le suivi médical suite à une fausse couche
2) le suivi de la grossesse et de l'accouchement
1) Le suivi catastrophique de la fausse couche et les errements du Dr .S. (mars 2010)
Après 8 semaines de grossesse, j'ai eu des saignements qui m'ont conduit aux urgences. Après quelques heures d'attente, une jeune gynécologue de service nous reçoit, mais ne sait visiblement pas comment fonctionne l'appareil d'échographie. Celle-ci décide alors de faire appel à une autre jeune collègue qui n'en sait guère davantage. Les deux gynécologues en formation se demandent comment allumer l'appareil et comment il faut l'utiliser (sic) en rajoutant 'qu'elles n'ont pas encore eu le temps de se familiariser avec l'appareil'. Mon mari (électricien) met finalement l'appareil en marche.
Un début de fausse couche est constaté.
Mais la gynécologue (L. S.) en service en Belgique depuis quelques semaines ne semble pas encore familiarisée avec la médication belge me prescrivant un médicament disponible en… France. Pire, dans les heures qui ont suivi l'opération, impossible pour moi d'uriner, car on avait oublié de retirer les tampons après l'opération!
Lors de la consultation post opératoire, Mme S. constata qu'il restait encore beaucoup de 'résidus' et de vascularisation dans l'utérus. Paniquée, Mme S., qui avait effectué l'opération me dit alors qu'il s'agit vraisemblablement d'un 'tophoblast persistant. Elle me dit que le suivi des valeurs HCG devait encore déterminer ceci, mais me parle malgré tout déjà d'une chimiothérapie et m'annonce que la première année, il nous sera impossible d'avoir un enfant en raison du traitement. Elle me rajoute : 'Il faut être forte madame, je suis désolée'.
C'est sur ces paroles horrifiantes que je rentre chez moi.
Angoissée, je commence les examens sanguins. Ceux-ci montrent finalement que ce diagnostic était prématuré et incorrect. Le résidu a été traité avec le médicament 'Cytotec'
2) La grossesse et l'accouchement (juillet 2010-mars 2011)
La chaise musicale des gynécologues
Juillet 2010, je suis à nouveau enceinte. Vu le suivi lamentable du Dr S., nous décidons de nous tourner vers une autre gynécologue, Dr A. B. Après quelques consultations, elle nous annonce que dans le cadre de ses stages, elle devrait quitter Erasme pour Brugman. Le suivi de grossesse est donc transféré vers un autre médecin Dr V. A. Après quelques consultations, cette dernière nous annonce qu'elle est aussi enceinte et que son accouchement est prévu le même jour que moi (14.04.2011). Par après, nous apprenons que Mme A. travaille moins en raison de sa grossesse et qu'un autre gynécologue prendra sa place : Dr. M. V. (docteur en formation).
Février 2011, je rentre dans le 3e trimestre de ma grossesse et l'accouchement approche, mais toujours pas de médecin qui connaisse mon dossier.
Dr. M. V. me propose de prendre alors contact avec le Dr. L., mais avec qui je n'aurai aucun contact en raison de mon accouchement avant terme..Une jeune gynécologue S. Z. dirigera l'accouchement.
Pas moins de 6 gynécologues différents auront fait le suivi standard de ma grossesse sans compter les 3 autres pour les échographies
- A cela il faut ajouter, les 3 médecins aux urgences (décollement placentaire)
- Pas moins d'une bonne dizaine de gynécologues au total
Vers la 14e semaine, je commence à avoir des saignements importants. Aux Urgences, l'appareil ne permet pas d'obtenir une image claire de la situation, car l'appareil n'est pas assez 'performant' (les médecins s'en plaignaient). Nous sommes alors acheminés à la maternité parce que là-bas il y a un appareil 'plus performant'. On constate un décollement partiel du placenta, c'est la complication n° 1.
Je reçois un mois de repos et la situation se stabilise. Quelques semaines plus tard, on constate un second problème : j'ai une insertion 'vélamenteuse'. Il s'agit de la complication n°2.
A 33 semaines, je prends contact avec le Dr. A. qui a suivi mon dossier le plus longtemps (à ce moment en repos). Je lui fais part de ma grande fatigue. Je lui dis aussi que je m'inquiète que lors des consultations l'on me parle toujours d'un bébé de petite taille. Elle s'étonne de m'entendre au téléphone et de me savoir toujours en train de travailler vu le risqué élevé d'accouchement prématuré. Aucun des gynécologues précédents ne m'en avait parlé. Elle décide de m'envoyer un certificat médical et me met au repos définitif.
A 34 semaines de grossesse (03.03.2011), je ressens de fortes contractions. Nous nous rendons immédiatement à la maternité. Il s'ensuit un monitoring et une échographie. Le monitoring indique de façon claire que les contractions ont débuté. Peu importe, je suis renvoyée quand même à la maison et l'on me dit 'vous ne devez pas vous attendre à un accouchement avant deux semaines au moins'.
Mais cette décision ne prend pas en compte les éléments suivants :
- le fait que j'ai déjà eu 2 complications de grossesse : un décollement partiel du placenta+une insertion vélamenteuse du cordon
- le risque élevé d'un accouchement prématuré vu mon âge (39 ans)
- la menace d'un accouchement avant terme (voir certificat médical du Dr. A. du 24.02.2011)
- le fait que l'hôpital se trouve à une heure de route de mon domicile (Wavre-Anderlecht) Il s'agit là d'éléments suffisants pour me garder à l'hôpital.
Nous rentrons dès lors à la maison. Dès mon retour, les contractions reprennent et se poursuivent le lendemain (04.03.2011). Faussement rassurés par les propos de la veille et n'ayant pas envie de faire une heure de trajet pour rien, nous préférons attendre de voir comment la situation évolue à la maison.
A 18 h, j'ai commencé à perdre mes eaux. Il devient alors clair que le travail a véritablement commencé. Nous quittons pour Erasme. Les contractions s'amplifient durant le trajet. Nous tombons malheureusement en pleins bouchons. Après une heure de route et après avoir pris la bande d'arrêt d'urgence, nous arrivons enfin à l'hôpital. Il est 19h et une dilatation de 10cm est constatée à mon arrivée. Plus le temps d'appeler le Dr L., la gynécologue du service de garde (jeune médecin ou assistante??) est appelée d'urgence à la chambre d'accouchement. 5minutes plus tard à 19 h 05, j'accouche de mon fils Noan. Il ne se porte pas bien et il est directement amené en réanimation. Après une courte vie de 8 h à peine, son état s'aggrave et en raison d'un manque d'oxygène,on nous propose d'arrêter tout traitement. Notre fils nous quitte dans nos bras.
Le 4.03.2011, nous quittons l'hôpital sans aucun soin ni soutien psychologique. On pouvait certes prendre rendez-vous avec un psychologue, mais pas avant 6 semaines, fin avril.
Après un tel drame, un peu de soutien n'aurait pas été superflu.
Nous avons demandé une autopsie. De celle-ci, il ressort que notre fils était sain. Quant à la cause de son décès, l'hypothèse de la mauvaise implantation du cordon est mise en avant.
En tant que parents, nous restons intimement convaincus qu'une meilleure estimation de la situation et une hospitalisation le 03.03.2011 n'aurait jamais conduit à ce drame.
Nous avons perdu un enfant sain en raison non d'une faute, mais d'une accumulation invraisemblable de fautes et incompétences mettant à nu le mauvais fonctionnement des services Gynécologie et Obstétrique à Erasme.
Les personnes du service Pédiatrie nous ont semblé plus à la hauteur toutefois.
En mai et en juin, à ma demande, j'ai eu une conversation avec le Dr C. K..
Durant cette conversation, elle nous avoua qu'elle n'avait aucune prise sur la politique de recrutement de l'hôpital ni de la qualité de son personnel. Mieux, elle nous encouragea à écrire une lettre à la direction dans l'espoir de voir certaines choses bouger… Vous trouverez ci-joint une copie de la lettre qu'elle nous a envoyée le 12.07.2011. Vous verrez que cette lettre se passe de tout commentaire.

Nous espérons qu'à l'avenir d'autres parents pourront compter sur une approche plus professionnelle et que de tels drames pourront être évités. Une série de mesures stratégiques au niveau de la direction ne seront certainement pas superflues.
A l'heure actuelle, outre notre fils, nous avons perdu notre vie. Nous portons ce drame dans toutes les actions de la vie, et ce jusqu'à la fin de nos jours. La confiance que nous avions dans "l'aide médicale au patient" et les instances qui prétendent l'apporter est totalement et irrémédiablement ébranlée.
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